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DE LA DIFFICULTÉ D’ÊTRE UNE FEMME DANS L’INDUSTRIE DU CANNABIS

Récemment, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a déclaré que la pandémie actuelle de COVID-19 avait en partie ruiné des années de luttes en faveur de l’égalité des sexes. En 2021, les femmes et les hommes ne sont toujours pas égaux et il est temps que les choses évoluent.

De récents progrès sont à signaler dans le secteur privé : réduction partielle de l’écart salarial entre les sexes et augmentation du pourcentage de femmes dans les comités de direction. Pourtant, seuls 7 % des cadres supérieurs des entreprises du classement Fortune 100 sont des femmes, plus des deux tiers des entreprises du classement Fortune 500 ne comptent aucune femme de couleur parmi leurs administrateurs, et le pourcentage de femmes occupant des postes de direction stagne.

Des études récentes révèlent que le pourcentage de femmes occupant des postes de direction dans l’industrie du cannabis est légèrement inférieur à 37 %. Il est clair que même avec une augmentation significative des figures féminines dans les postes de direction, nous sommes toujours dans un secteur dominé par les hommes. En outre, certains clichés tels que l’image du skater blanc hippie ou la culture rastafari perdurent dans l’industrie du cannabis.

Dans cet article, nous allons explorer les défis rencontrés par les femmes dans l’industrie du cannabis. Voici ce que vous devez savoir.

Un conte vieux comme le monde

La lutte pour l’égalité des sexes est une bataille constante à laquelle nous sommes confrontées en tant que femmes dans l’industrie du cannabis. Que vous soyez journaliste, propriétaire d’une marque ou d’une entreprise, cultivatrice, professionnelle des relations publiques dans le domaine du cannabis, ou même avocate, la discrimination est un des obstacles que les hommes, eux, n’ont pas à surmonter.

Commençons donc par le commencement. Historiquement, avant la légalisation, “il y avait beaucoup de femmes cultivatrices et expertes en cannabis. Cependant, elles étaient victimes de discrimination, on se moquait d’elles et elles étaient en quelque sorte exclues du boys club”, explique Jackie Bryant, journaliste indépendante.

“Beaucoup ne les prenaient pas au sérieux. Ainsi, les femmes étaient cantonnées à un rôle de soutien ou d’assistantes des cultivateurs. Il y avait des tailleuses, bien sûr, ces femmes obligées à manucurer les buds les seins à l’air. Ça a bel et bien existé”, souligne encore Bryant.

En discutant avec Bryant, une brillante journaliste très respectée dans le domaine du cannabis, j’ai réalisé à quel point toutes les histoires de prélégalisation étaient liées aux hommes. De plus, le côté “macho” hérité de cette période a tendance à maintenir encore les femmes dans l’ombre et à cacher leur rôle dans l’histoire du cannabis.

Les femmes existaient dans cet espace. Elles y étaient présentes et y jouaient un rôle important. Mais elles étaient socialement aliénées, ce qui a contribué à leur invisibilisation. Aussi émouvant ou frustrant que cela puisse être, faire entendre notre voix demande des efforts constants.

Jennifer Chapin, cofondatrice de Kikoko, s’est récemment souvenue dans une interview au cours de laquelle on s’était moqué d’elle dans les dispensaires lorsqu’elle avait essayé d’y vendre ses thés faiblement infusés au cannabis. À l’instar de son histoire, de nombreuses pionnières ont dû passer par une expérience similaire pour arriver là où elles en sont aujourd’hui.

L’ère des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ont exposé des femmes dans le cannabis. Ils ont ouvert un espace qui n’était pas réservé aux hommes et dans lequel les femmes influentes pratiquaient le dabbing en ligne ou posaient sur Instagram.

Aujourd’hui, la situation a évolué car beaucoup utilisent la plateforme pour promouvoir leur marques, éduquer et parler à leurs followers du marché légal du cannabis. Les propriétaires d’entreprises sont désormais aussi des influenceurs sur les réseaux, et les plateformes leur donnent une voix.

Mais les réseaux sociaux ont aussi une face cachée : de nombreuses entreprises de cannabis appartenant à des femmes y sont confrontées à des shadow bans et à la fermeture de leurs comptes sur Instagram. Parfois, ce sont carrément leurs collègues féminines qui signalent leurs comptes.

Sexisme et manterrupting

Interrompre une femme pendant qu’elle parle est communément appelé “manterrupting”.

“L’un des obstacles les plus difficiles auxquels les femmes de l’industrie du cannabis – ou de toute autre industrie – sont confrontées consiste à ne pas être entendues et à être interrompues”, explique Sara Brittany Sommerset, analyste politique en matière de drogues, journaliste multimédia et l’une des 100 femmes les plus importantes dans le domaine de la weed selon Green Market Report.

Une étude menée par Victoria Brescoll, psychologue à Yale, a révélé que les sénateurs masculins respectés en raison de leur ancienneté parlaient davantage que leurs collègues plus jeunes. En revanche, les sénatrices les plus anciennes, elles, ne jouissaient pas d’un temps de parole plus important.

Brescoll révèle encore que, plus un cadre masculin prend la parole, plus il est aerçu comme compétent. En revanche, lorsque les femmes cadres parlent plus que leurs homologues masculins, elles sont jugées négativement. En outre, Brescoll explique que, sur la base de diverses recherches, les femmes qui craignent que “trop” parler ait des conséquences négatives ont souvent raison.

Par ailleurs les hommes s’adressent parfois aux femmes avec condescendance, partant du principe qu’elles ne peuvent pas comprendre en raison de leur sexe. Il semble qu’en tant que femmes, il faille constamment faire ses preuves pour gagner le respect de son entourage. Tiffany Watkins (alias LadyCanna), PDG et fondatrice de Vanguard Media, démontre bien ce fait, comme elle l’explique sur le site web de Vanguard Media : “En trois décennies, j’ai été témoin de beaucoup de changements dans cette industrie, mais une chose reste la même : tout le monde n’a pas droit à la parole. On m’a manqué de respect, on m’a rabaissée et on m’a fait sentir que mes contributions à la communauté du cannabis n’avaient aucune importance.”

Les femmes et les minorités dans l’industrie du cannabis

La contribution des femmes issues de minorités ne doit pas non plus être passée sous silence. Si, en tant que femmes, nous sommes confrontées à de nombreux obstacles, ceux qui revendiquent plusieurs identités minoritaires et marginalisées doivent mener des batailles encore plus ardues. En fait, la criminalisation du cannabis a affecté les personnes de couleur et les hispaniques bine plus violemment que les blancs.

“En tant que fondatrice d’une marque de cannabis, je pense que l’un des plus grands obstacles que j’ai eu à affronter consista à prouver ma valeur”, explique Martine Pierre, fondatrice de Cannalution. “C’est une industrie tellement dominée par les hommes que, bien souvent, on finit par se sentir moins digne et sans voix. En outre, le manque de financement est un obstacle bien connu des entrepreneurs issus de minorités.”

Il y a quand même du positif

Malheureusement, il n’existe pas solution aisée pour lutter contre le rabaissement des femmes dans le secteur.

En première ligne dans les luttes pour la légalisation du cannabis, les femmes ont accompli de grandes choses. Travaillant d’arrache pied comme soignantes et militantes, entrepreneures et activistes, growers et scientifiques, ces femmes se distinguent par leur courage et leur persévérance. Des figures féminines comme Mary Jane Rathburn, qui a distribué des brownies au cannabis aux patients souffrant du VIH/SIDA dans les années 80, ou comme Charlotte Figi, lobbyiste pro cannabis, fondatrice d’entreprises et d’organisations à but non lucratif et promotrice du cannabis thérapeutique, en sont de bons exemples.

Les femmes ne se cachent plus. Elles écrivent dorénavant leur propre histoire. Ainsi, pour construire une industrie inclusive, il est nécessaire de parler pour ceux qui n’ont pas de voix, d’augmenter le nombre de femmes leaders et de soutenir les femmes en général.

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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Silvia Munoz Campo