Seedsman Blog

Entretien avec Michka

La semaine dernière nous avons consacré un article à la vie trépidante de Michka Seeliger-Chatelain dite Michka. Aujourd’hui, nous vous permettons de mieux connaitre cette Grande Dame grâce à une interview qu’elle nous a fait l’honneur de nous accorder. Entrez donc avec nous un peu plus profondément dans l’intimité de cette Michka.

Pouvez-vous évoquer un peu votre parcours personnel dans l’univers du cannabis et souligner ce qui vous a conduit vers cette plante ?

En 1970, je suis arrivée à Vancouver, tout imbibée des préjugés français. Je rappelle qu’aujourd’hui l’herbe est légale dans tout le Canada et l’opinion publique y était, déjà à l’époque, bien en avance sur celle qui régnait en France. Au cours d’une soirée avec d’autres enseignants comme moi (j’étais prof de français), un collègue m’a passé un stick, c’est-à-dire un mince joint de cannabis sans tabac, comme on les fumait là-bas.

Très décontenancée, j’ai fait semblant de tirer une taffe, mais j’ai mis un certain temps à accepter de me laisser aller. La fameuse crainte de perdre le contrôle…

 Michka Seeliger-Chatelain

La cabane de Michka au Canada

Comment s’est passé votre premier contact avec la contre-culture nord-américaine du cannabis ?

J’ai découvert cette contre-culture quelques années plus tard, lorsque je suis retournée en Colombie Britannique en compagnie de l’homme qui allait devenir le père de mes enfants et avec qui j’ai construit, au cœur de la forêt, une grande cabane confortable. C’était la belle époque hippie du retour à la terre. Il s’agissait de vivre l’utopie. Construire son abri, cultiver ses aliments, faire naître ses enfants à la maison. « Faire l’amour, pas la guerre », c’est-à-dire créer une société dans laquelle la coopération remplacerait la compétition, avec les psychédéliques, et principalement l’Herbe, comme vecteur. Ce faisant, les hippies faisaient, pour la première fois, entrer le cannabis dans la bourgeoisie blanche d’Amérique du Nord, si bien qu’il arrivait porteur de ces valeurs révolutionnaires. La marijuana fut d’abord un signe de ralliement, le symbole de la contre-culture, c’est-à-dire un mouvement culturel qui allait à l’encontre de la société en place.

 Michka Seeliger-Chatelain

Camping sur la the Mystic Beach, le long de l’Atlantique

Le monde du cannabis a beaucoup changé depuis que vous l’avez découvert au Canada dans les années 1970. C’est maintenant une industrie qui pèse plusieurs milliards de dollars. Quel regard portez-vous sur ces changements ?

Je me désintéresse quelque peu de cette scène essentiellement commerciale. J’ai un tempérament de pionnière, de défricheuse, c’est cela qui me fait vibrer. Cela dit, le libre accès aux plantes, à toutes les plantes, demeure mon cheval de bataille. Il s’agit là pour moi d’un droit naturel des êtres vivants.

Il y a un quart de siècle, j’ai également découvert le chamanisme et le channelling, qui sont d’autres façons d’élargir notre niveau de conscience. Nous vivons dans un monde multidimensionnel. Les livres publiés par la maison d’édition que j’ai fondée en 2000 avec Tigrane Hadengue ont pour but de nous aider à trouver notre voie propre dans ce nouveau monde qui s’ouvre à nous.

Le monde du cannabis est historiquement masculin. Être une femme a-t-il été pour vous un handicap ou un avantage pour vous y faire une place ? Et maintenant ?

J’ai toujours occupé une place à part dans le monde du cannabis. J’étais, et je suis encore, essentiellement une écrivaine qui a à cœur de partager ses découvertes, notamment en ce qui concerne cette plante largement diffamée, et qui constitue pour moi, depuis une cinquantaine d’années, une alliée et une amie. Personne ne m’a perçue comme une compétition. Dans mon cas, je pense que la singularité a pesé davantage que le genre.

Vous semblez avoir toujours accordé une grande importance à la féminité. En quoi cet aspect de votre identité a-t-il été un élément moteur dans votre vie ? Quelle importance revêt-il pour vous ? Faites-vous une distinction avec le combat féministe ?

Les caractéristiques perçues comme féminines dans notre société, c’est-à-dire tout ce qui a trait à prendre soin de la vie, me semblent cruciales pour notre époque.

Le féminisme est encore autre chose. Il a eu son utilité en tant que combat qui a permis aux femmes d’accéder à des droits fondamentaux comme le droit de vote ou le droit de disposer de leur propre corps grâce à la contraception, puis à l’avortement. C’est un combat pour lequel des femmes ont eu recours à des qualités que nous percevons comme masculines, guerrières. Aujourd’hui, les priorités ont changé. La planète a grand besoin que l’on prenne soin de tout ce qui vit. L’heure est venue d’aider les hommes à reconnecter avec leur part féminine, que la société les a contraints à refouler.

Quelles ont été vos principales réussites et de quoi êtes-vous le plus fier ?

Je suis fière d’avoir mis en œuvre, à l’occasion d’un procès qui m’était intenté au début des années 1990, différentes actions qui ont eu pour effet de montrer comment certains croisés anti-cannabis communiquaient aux médias le résultat d’expériences scientifiques menées en dépit du bon sens, afin de le discréditer. Cela a été une grande satisfaction pour moi de comprendre, puis de montrer, comment fonctionne la désinformation institutionnelle. D’ailleurs, disons-le en passant, c’est le même processus qui est mis en œuvre aujourd’hui pour nous mener par le bout du nez dans cette affaire de prétendue « crise sanitaire ».

En 2017, Sensi Seeds a créé une variété en votre honneur. Comment avez-vous vécu cette reconnaissance ? La voyez-vous comme une consécration ou un encouragement ?

Je l’ai vécue comme une consécration, je me suis sentie honorée. De plus, Sensi Seeds a veillé à ce que cette variété qui porte mon nom, la « Michka » soit à la hauteur de mes goûts exigeants. C’est une vraie Sativa (et qui plus est une Haze) à l’ancienne, avec un high cérébral propice à la créativité. Un type d’herbe devenu rare, et précieux pour moi, difficile à trouver aujourd’hui, après plusieurs décennies de brassage génétique inconsidéré. En ce qui concerne l’effet qu’elle génère, je considère que la qualité de l’herbe a baissé. C’est la course au rendement qui prédomine.

Vous avez plus d’une fois comparé le cannabis aux tomates pour demander la levée de toutes les restrictions d’accès à cette plante, affirmant que l’accès aux tomates est libre et que chacun peut en faire ce que bon lui semble. Or, aujourd’hui, l’agriculture est très contrôlée (les agriculteurs doivent respecter de nombreuses normes en termes de variétés, d’engrais, etc. et les normes de commercialisation sont tout aussi nombreuses). Alors, pensez-vous que l’Etat devrait réglementer la production et la commercialisation du cannabis ou faites-vous confiance à la responsabilité individuelle et estimez-vous qu’il ne devrait y avoir aucune règle ?

Notre vie est de plus en plus dominée par une multitude de lois et de décrets, et notre liberté ne cesse de décroître, pour un avantage douteux. J’en suis venue à penser que la majorité des lois qui nous gouvernent sont inutiles ou même néfastes et que les seules règles vraiment nécessaires sont très simples, du genre « tu ne tueras point » et, plus généralement, la grande règle de base, « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse ». Ça peut paraître simpliste, mais c’est une orientation à méditer.

La France semble évoluer à rebours du reste du monde en matière de cannabis avec une politique toujours plus répressive. Comment expliquer-vous cette situation ?

Notre pays est fier de ses grands crus, de ses terroirs et de ses traditions vinicoles. Le vin symbolise le sang du Christ. Il est sacré. Il se doit de présider à toute célébration, du mariage jusqu’aux examens réussis. Cela fait partie de notre culture, c’est-à-dire de valeurs dont nous n’avons même pas conscience tellement elles sont profondément ancrées. En revanche, le cannabis est rituellement consommé en Inde par de saints hommes ayant fait vœu de renoncement. En France, le vin, c’est bien, le cannabis, c’est mal. Toutes sortes de rationalisations sont ensuite mises en avant pour justifier cette conviction viscérale.

Et pensez-vous qu’il s’agit là d’une tendance durable ?

Les choses sont en train de changer avec les jeunes générations. Et surtout, les États-Unis, qui ont œuvré à imposer la prohibition du cannabis dans le monde, se sont rendu compte qu’ils avaient fait fausse route. Aujourd’hui, les États américains légalisent l’un après l’autre. C’est le début d’un phénomène mondial auquel la France n’échappera pas. Mais quand, telle est la vraie question.

Quelle est votre vision utopique de l’après-prohibition du cannabis ?

Je crains qu’une légalisation, quand elle se produira, nous amène un accroissement de liberté assez modeste, car, contrairement à une dépénalisation, la légalisation arrive avec un cortège de règlements. J’espère seulement que le système qui se mettra en place n’apportera pas un nivellement par le bas de la qualité de cannabis disponibles.

Pourquoi fumez-vous du cannabis ?

Parce que j’aime ça. Parce qu’il existe des variétés qui stimulent ma créativité et mon imaginaire, qui me mettent en contact avec mon intuition. Si j’ai une décision importante à prendre, je vais fumer un peu de très bonne herbe. Je l’absorbe toujours pure, sans tabac. Le mélange des deux plantes brouille les pistes. On croit qu’on veut fumer du cannabis alors qu’en réalité, c’est le tabac qui appelle.

 Michka Seeliger-Chatelain

Michka en compagnie de Jack Herrer

Votre relation au cannabis a-t-elle changé avec le temps ? Vous êtes consommatrice de cannabis. Mais en cultivez-vous vous-même ? Et vous êtes-vous déjà essayé au breeding ?

On pourrait dire que je consomme davantage en conscience qu’à d’autres périodes de ma vie où je fumais tous les jours. Aujourd’hui ce n’est plus nécessairement le cas et je savoure le contraste entre les moments avec et les moments sans.

Je ne cultive pas, mais j’ai cultivé en un temps. Je ne me suis pas essayée à la sélection génétique, mais j’ai été très proche de Nevil Schoenmakers, souvent considéré comme le maître ultime en matière de breeding de cannabis, et qui nous a malheureusement quittés. C’était le roi des Haze et j’ai adoré sa Neville Haze ou sa NL5 x Haze, que j’ai d’ailleurs contribué à sauver. Ce qui me permet de continuer à m’en délecter.

Qu’est-ce qui vous motive chaque jour ?

Ce qui me motive chaque jour et même chaque minute, c’est de gérer mon contenu mental de façon à rester à un niveau vibratoire élevé. C’est de trouver la joie.

Michka Seeliger-Chatelain, Grand Dame du Cannabis

Si la vie de Michka Seeliger-Chatelain vous a fasciné et si vous voulez en savoir plus sur elle, consultez sa biographie disponible auprès de Mama Editions.

 Michka Seeliger-Chatelain

Grâce à ses connaissances approfondies et à ses relations dans le monde du cannabis, Michka a écrit un livre incontournable sur le cannabis médical, qui répond aux questions qu’on se pose le plus souvent sur cette plante et son potentiel thérapeutique : Cannabis médical. Du chanvre indien aux cannabinoïdes de synthèse.

Pour la rédaction de ce livre, Michka a été rejointe par le professeur Raphael Mechoulam – qui a découvert les molécules de THC et de CBD – ainsi que par le professeur Manuel Guzman, le professeur Denis Richard, Jorge Cervantes, Robert Clarke, Chris Conrad, Philippe Lucas, le professeur Adriaan Jansen et Don E. Wirtshafter, J.D. C’est un livre que toute personne intéressée par le cannabis médical devrait avoir dans sa bibliothèque.

Consultez la biographie de Michka ici.

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

This post is also available in: Anglais

Seedsman

Not only do we have one of the most comprehensive libraries of cannabis seeds in the world, we now offer a diverse range of cannabis related goods for you to enjoy including storage products, clothing and books.