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CANNABIS ET REPRODUCTION

L’impact du cannabis sur la maternité est un sujet extrêmement controversé. En fait, très peu d’études ont été consacrées aux liens entre cannabis, fertilité, grossesse et maternité précoce. Or, celles qui existent sont généralement entravées par des échantillons de petite taille et des méthodologies problématiques. Cela dit, la recherche dans ce domaine se poursuit lentement. Nous disposons donc déjà quelques informations cruciales sur la façon dont le cannabis affecte la reproduction chez les femmes.

Cannabis et fertilité

Les récepteurs cannabinoïdes étant présents dans l’oviducte et l’utérus, il semble logique que le système endocannabinoïde joue un rôle dans la fertilité et la reproduction. Cependant, la question fait débats.

Une étude récente portant sur 913 femmes a constaté que la consommation de cannabis n’avait aucun effet sur les niveaux d’hormone anti-müllérienne (AMH), un marqueur clé de la fertilité qui est fortement associé aux taux de réussite de la FIV[i]. Cependant, comme seule une très faible proportion des participants à cette étude a affirmé consommer régulièrement de l’herbe, on ne peut en tirer de conclusions très fortes.

Dans le cadre d’une autre étude, publiée en 2018, plus de 1 000 femmes se sont vues demander combien de temps il leur avait fallu pour tomber enceinte. Une analyse des données a révélé que la consommation de cannabis n’avait pas le moindre impact sur cette question[ii]. Cette conclusion a été confirmée par une autre étude réalisée la même année, qui n’a trouvé aucun lien entre la consommation de cannabis et la fécondabilité, définie dans ce cas comme la probabilité de conception par cycle menstruel[iii].

Il faut cependant noter qu’aucune de ces études n’était un véritable essai clinique et qu’elles ne se basaient que sur la consommation de cannabis autodéclarée, sans prendre en compte d’autres facteurs génétiques, médicaux ou liés au mode de vie qui peuvent influencer la fertilité. En tant que telles, elles ne disent probablement pas tout sur l’impact du cannabis sur la reproduction chez les femmes.

Il n’est donc pas surprenant que l’on puisse trouver d’autres d’études qui contredisent ces résultats, notamment une étude publiée cette année qui conclut que la consommation de cannabis est associée à une fécondabilité réduite[iv].

Cannabis et grossesse

On pense que les cannabinoïdes sont capables de traverser le placenta et de pénétrer la circulation sanguine du fœtus. En revanche, on ne sait pas si son développement en est modifié. Les contradictions abondent une fois de plus, et les questions éthiques liées à l’administration de cannabis aux femmes enceintes signifient que nous n’aurons probablement jamais d’étude clinique digne de ce nom sur le sujet. Naturellement, les femmes enceintes doivent toujours être prudentes quant aux médicaments et autres substances qu’elles ingèrent – et cela s’applique également à l’herbe.

Plusieurs études ont suggéré que la consommation de cannabis pendant la grossesse peut avoir un impact négatif sur le développement du fœtus, le poids à la naissance et l’issue de la grossesse. Mais la question fait encore largement débat. Selon une étude publiée l’année dernière, l’absence de consensus est due au résultats erronés de la plupart des recherches sur la consommation de cannabis pendant la grossesse.

Les auteurs de l’étude en question affirment qu’il n’y a aucun intérêt à comparer les bébés qui ont été exposés au cannabis pendant la grossesse à ceux qui ne l’ont pas été, car cela ne tient pas compte d’autres facteurs tels que la santé de la mère, la génétique et le contexte socio-économique. Comme alternative, ils suggèrent d’utiliser les moyennes universelles comme baromètre pour déterminer comment l’exposition prénatale au cannabis affecte le développement.

Pour prouver leur point de vue, ils ont réévalué toute la littérature disponible concernant les performances cognitives des bébés qui ont été exposés au cannabis pendant la période prénatale. Sur un total de 1 004 bébés, seuls trois se situaient en dessous de la normale, ce qui suggère que la consommation de cannabis pendant la grossesse n’engendre probablement pas de déficits cognitifs[v].

Malgré tout, il est bon de rappeler que nous ne disposons pas d’assez de recherches solides pour faire des déclarations définitives concernant l’impact du cannabis sur la reproduction chez les femmes, il est donc conseillé de faire preuve de prudence – surtout pendant la grossesse.

Cannabis et allaitement

Il est bien connu que le lait maternel contient des endocannabinoïdes tels que l’anandamide, bien que le rôle que ces composés jouent dans le développement du bébé ne soit pas entièrement compris. Néanmoins, le fait que cet agoniste CB1 soit transféré de la mère au bébé indique que les cannabinoïdes doivent jouer une fonction importante.

En ce qui concerne les phytocannabinoïdes, le flou règne. Dès les années 1980, des chercheurs ont découvert que le THC passait dans le lait maternel des mères qui consomment régulièrement du cannabis[vi]. Des études plus récentes ont indiqué que les concentrations de THC dans le lait maternel atteignaient un pic environ une heure après la consommation, puis retrouvaient leur niveau initial après quelques heures[vii]

Pour cette raison, certains médecins recommandent d’attendre au moins deux heures après avoir fumé un joint avant d’allaiter, à l’image des conseils donnés pour l’alcool. Cependant, une toute nouvelle étude – publiée en mars 2021 – a démontré que le THC pouvait rester dans le lait maternel pendant six semaines après la consommation de cannabis, indiquant que de nouvelles recommandations pourraient être nécessaires[viii].

Heureusement, il semble probable que seule une petite fraction des cannabinoïdes ingérés passe effectivement dans le lait maternel, une étude ayant révélé que seul 2,5% du THC consommé par une mère aboutissait dans le lait maternel[ix].

Quant à l’impact de la présence de cannabinoïdes dans le lait maternel sur le développement d’un bébé, on n’en sait pas grand-chose. Une étude a néanmoins révélé que la consommation de cannabis n’avait aucun impact sur le temps de sevrage, ce qui a conduit les auteurs à conclure qu’elle n’interférait pas avec la lactation. La même étude a également indiqué que la taille, le poids et l’activité locomotrice des bébés n’étaient pas affectés par la consommation de cannabis de la mère pendant l’allaitement[x].

Bien sûr, rien n’est encore certain, et il demeure trop d’inconnues pour que nous puissions dire précisément comment le cannabis affecte la reproduction chez les femmes. En conséquence, c’est à chaque femme de prendre ses propres décisions concernant la consommation de cannabis. Nous espérons que ce résumé des recherches disponibles facilitera un peu ce choix.

Article connexe

Women In Weed: A Herstory

[i] White AJ, Sandler DP, D’Aloisio AA, Stanczyk F, Whitworth KW, Baird DD, Nichols HB. Antimüllerian hormone in relation to tobacco and marijuana use and sources of indoor heating/cooking. Fertility and sterility. 2016 Sep 1;106(3):723-30. – https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0015028216612827

[ii] Kasman AM, Thoma ME, McLain AC, Eisenberg ML. Association between use of marijuana and time to pregnancy in men and women: findings from the National Survey of Family Growth. Fertility and sterility. 2018 May 1;109(5):866-71. – https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0015028218300153

[iii] Wise LA, Wesselink AK, Hatch EE, Rothman KJ, Mikkelsen EM, Sørensen HT, Mahalingaiah S. Marijuana use and fecundability in a North American preconception cohort study. J Epidemiol Community Health. 2018 Mar 1;72(3):208-15. – https://jech.bmj.com/content/72/3/208.abstract

[iv] Mumford SL, Flannagan KS, Radoc JG, Sjaarda LA, Zolton JR, Metz TD, Plowden TC, Perkins NJ, DeVilbiss EA, Andriessen VC, AC PS. Cannabis use while trying to conceive: a prospective cohort study evaluating associations with fecundability, live birth and pregnancy loss. Human Reproduction. 2021 Jan 9. – https://academic.oup.com/humrep/advance-article/doi/10.1093/humrep/deaa355/6075089

[v] Torres CA, Medina-Kirchner C, O’malley KY, Hart CL. Totality of the evidence suggests prenatal cannabis exposure does not lead to cognitive impairments: a systematic and critical review. Frontiers in Psychology. 2020 May 8;11:816. – https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2020.00816/full

[vi] Perez-Reyes M, Wall ME. Presence of AMetrahydrocannabinol in human milk. New England Journal of Medicine. 1982;307(13):819-20. – https://www.cabdirect.org/cabdirect/abstract/19832700054

[vii] Baker T, Datta P, Rewers-Felkins K, Thompson H, Kallem RR, Hale TW. Transfer of inhaled cannabis into human breast milk. Obstetrics & Gynecology. 2018 May 1;131(5):783-8. – https://journals.lww.com/greenjournal/Fulltext/2018/05000/Transfer_of_Inhaled_Cannabis_Into_Human_Breast.5.a

viii] Wymore EM, Palmer C, Wang GS, et al. Persistence of Δ-9-Tetrahydrocannabinol in Human Breast Milk. JAMA Pediatr. Published online March 08, 2021 – https://jamanetwork.com/journals/jamapediatrics/article-abstract/2776975

ix] https://www.vice.com/en/article/59nx5k/is-marijuana-safe-while-breastfeeding

[x] Tennes K, Avitable N, Blackard C, Boyles C, Hassoun B, Holmes L, Kreye M. Marijuana: prenatal and postnatal exposure in the human. NIDA Res Monogr. 1985 Jan 1;59:48-60.

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