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LA LÉGALISATION RÉDUIRAIT L’EMPREINTE CARBONE DU CANNABIS

C’est aujourd’hui la Journée de la Terre. Il convient donc d’évaluer l’impact de nos modes de vie sur l’environnement. L’industrie du cannabis n’y échappe. Les grandes installations destinées à la culture en intérieur consomment en effet des quantités considérables d’énergie et contribuent de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre. Or, la légalisation du cannabis aurait un impact positif sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. De nouvelles recherches suggèrent en effet que la légalisation pourrait être le seul moyen de réduire l’empreinte carbone de l’industrie du cannabis.

L’empreinte carbone du cannabis

De même qu’il est insensé d’essayer de faire pousser des mangues, des noix de coco ou des ananas dans des climats froids, la culture du cannabis devient considérablement plus difficile dès que l’on sort la plante de son environnement préféré. Aux États-Unis, il serait donc de cultiver autant d’herbe que possible dans le sud avant de l’exporter vers d’autres États qui ont légalisé le cannabis mais ne jouissent pas des conditions climatiques adéquates pour la culture.

Malheureusement, l’illégalité de la plante au niveau fédéral empêche son transport au-delà des frontières des États, ce qui signifie que chaque État doit cultiver lui-même de quoi satisfaire ses propres besoins. Pour les régions froides comme l’Alaska et le Minnesota, cette situation impose l’utilisation de chambres de culture intensive, ce qui augmente considérablement l’empreinte carbone des industries locales du cannabis.

Des recherches menées en 2012 ont suggéré que la production indoors d’un seul kilo de fleurs de cannabis séchées génère 4,6 tonnes de CO2[i]. Cependant, cette étude était basée sur des données compilées à partir d’une seule culture et ne tenait donc pas compte des variations de la quantité d’énergie nécessaire pour faire fonctionner une installation de culture dans différents États.

Pour représenter plus précisément l’empreinte carbone de la production de cannabis aux États-Unis, une équipe de chercheurs a publié une nouvelle étude qui calcule le niveau d’émissions produites par les chambres de culture de différents États des États-Unis. D’après leurs conclusions, l’endroit le plus écologique pour cultiver du cannabis en intérieur est Long Beach, en Californie, où la production d’un kilo de fleurs séchées produit un peu moins de 2,3 tonnes de dioxyde de carbone. À l’autre extrémité du spectre se trouve Kaneohe Bay, à Hawaï, où près de 5,2 tonnes de CO2 sont générées pour chaque kilogramme de cannabis produit.[ii]

Pourquoi la culture du cannabis en intérieur a une si grande empreinte carbone ?

Bien que nous parlions de la culture du cannabis en intérieur, la réalité est que les conditions environnementales en extérieures ont une influence sur le processus de production. Cette influence est en grande partie due à la circulation de l’air depuis l’extérieur vers la chambre de culture, dans le but d’assurer un développement sain des plants.

Or, l’air qui est introduit doit être chauffé ou refroidit, humidifié ou déshumidifié pour être bénéfique aux plantes de cannabis. Selon les auteurs de l’étude mentionnée plus haut, le traitement de l’air entrant est la plus grande source de pollution, et contribue donc de manière significative à l’empreinte carbone de la production de cannabis.

À Denver, dans le Colorado, et à Anchorage, en Alaska, le chauffage est la principale source de pollution car les températures de l’air extérieur sont souvent bien trop froides pour le cannabis. Par conséquent, la culture en intérieur y génère en moyenne environ quatre tonnes de CO2 par kilo de fleur de cannabis séchée.

À l’inverse, les cultivateurs en intérieur à Hawaï doivent déshumidifier l’air extérieur, ce qui explique que leurs émissions soient encore plus élevées que celles observées dans les climats froids.

L’utilisation de lampes à haute intensité (HID) est un autre facteur explicatif de l’importance de l’empreinte carbone de la culture du cannabis en intérieur. Bien qu’il soit peu probable que les besoins en éclairage diffèrent d’une installation à l’autre, les émissions associées à l’éclairage peuvent être multipliées par six en raison des variations des réseaux électriques.

Par exemple, à Hawaï, où l’électricité est principalement produite par la combustion du pétrole, 805 grammes de CO2 sont générés pour la production d’un kWh. En Californie, par contre, l’utilisation de l’énergie solaire et du gaz naturel permet de faire baisser ce chiffre à 238. En d’autres termes, l’utilisation d’une lampe en Californie est moins néfaste pour l’environnement que l’utilisation de cette même lampe à Hawaï.

La troisième et dernière grande source de pollution engendrée par la culture en intérieur du cannabis est l’introduction directe de dioxyde de carbone dans l’espace de culture pour stimuler la photosynthèse. Bien que les auteurs de l’étude admettent que la plupart de ce dioxyde de carbone est normalement capturé comme sous-produit d’autres processus tels que la production d’ammoniac, et qu’il aurait de toutes façons été libéré dans l’atmosphère, ils mentionnent également que l’énergie dépensée pour comprimer et transporter ce gaz ajoute considérablement à l’empreinte carbone de la culture du cannabis en intérieur.

Quelle solution ?

La solution la plus évidente à ce problème serait de passer tout simplement à la culture en serre ou en plein air, ce qui, selon les auteurs de l’étude, réduirait les émissions respectives de 42 % et 96 %. Pour ce faire, il faudrait toutefois que le gouvernement américain légalise le cannabis au niveau fédéral, afin qu’il puisse être transporté à travers tout le pays pour répondre à la demande des États qui ne disposent pas de l’environnement nécessaire à la culture en plein air.

Dans le cas contraire, des modifications de la législation de certains États pourraient néanmoins contribuer à réduire l’empreinte carbone de la culture du cannabis en intérieur. Le Colorado, par exemple, a été le premier État à légaliser le cannabis récréatif en 2012, ouvrant la voie à une augmentation considérable de la production. Selon les auteurs de l’étude, la culture du cannabis au Colorado produit désormais plus d’émissions que l’industrie charbonnière de l’État, mais ils insistent également sur le fait qu’une meilleure planification aurait pu contribuer à réduire le coût climatique de la culture de l’herbe légale.

Ils mentionnent notamment un texte de loi qui stipule que tout le cannabis vendu au Colorado doit être cultivé à proximité. Or, ils ont calculé que les installations de culture en intérieur situées dans des zones montagneuses comme Aspen et Leadville génèrent 19 % d’émissions en plus que celles situées dans des zones de plaine comme Denver et Puebla. Il suffirait donc d’abroger cette loi et d’autoriser certaines installations à produire la totalité du cannabis consommé dans l’état pour obtenir une réduction considérable des émissions.

Il est évident que le développement de technologies plus écologiques et l’adoption de pratiques de culture plus respectueuses de l’environnement doivent être poursuivis si les producteurs de cannabis veulent réduire leur empreinte carbone. Cependant, comme le révèle cette analyse, le pouvoir de créer une industrie du cannabis véritablement durable aux États-Unis pourrait en fin de compte revenir aux législateurs.

[i] Mills E. The carbon footprint of indoor Cannabis production. Energy Policy. 2012 Jul 1;46:58-67. – https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0301421512002285

[ii] Summers HM, Sproul E, Quinn JC. The greenhouse gas emissions of indoor cannabis production in the United States. Nature Sustainability. 2021 Mar 8:1-7. – https://www.nature.com/articles/s41893-021-00691-w

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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