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LA MULTIPLICATION DES BOUTIQUES CBD

Le nombre de boutiques CBD ne cesse de croitre en France depuis quelques temps. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une mode passagère ou d’une puissante lame de fond qui, à terme, changera radicalement la manière dont la société française appréhende le cannabis, mais aussi les médecines alternatives. L’avenir nous le dira. En attendant, tournons-nous vers le passé pour comprendre cette impressionnante multiplication des boutiques CBD en France.

L’ampleur de l’essor des boutiques CBD

Le terme « impressionnant » est loin d’être excessif, puisqu’on est face à une croissance exponentielle du nombre de boutiques.

En effet, selon les chiffres du Syndicat Professionnel du Chanvre (SPC), on comptait une cinquantaine de ces établissements avant l’été 2018. Leur nombre a ensuite baissé à cause d’une politique particulièrement offensive de la part du gouvernement. Malgré tout, en juillet 2020, ces boutiques étaient au nombre de 200 sur le territoire français. Moins d’un an plus tard, début 2021, on trouvait près de 400 boutiques commercialisant des produits à base de CBD dans l’Hexagone.

Toujours selon le SPC, ce secteur représenterait 150 à 200 millions d’euros mais pourrait peser un milliard d’euros d’ici 2023 si la législation était éclaircie et que le flou juridique entourant la vente de produits CBD était levé. Il y a là clairement de quoi appâter autant les décideurs politiques que les investisseurs. Les États-Unis fournissent ici un exemple frappant : le marché du CBD y pesait pas moins de 591 millions de dollars en 2018. Mais surtout, d’après une étude réalisée en 2019 par Brightfield Group, il pourrait augmenter à plus de 20 milliards en 2022.[1]

Pourquoi une telle multiplication des boutiques CBD ?

Cet essor du commerce des produits à base de CBD en France est dû à deux facteurs principaux.

Le premier d’entre eux est d’ordre juridique. La France est le principal producteur européen de chanvre. Or, en raison d’un arrêté de 1990 relatif aux stupéfiants, l’exploitation des feuilles et des fleurs du chanvre y est interdite. Seule la culture et la commercialisation des graines et des fibres de chanvre sont autorisées, à conditions de contenir moins de 0,2% de THC, lequel est considéré comme un stupéfiant par l’article R5132-86 du code de la santé publique.[2] Les produits à base de CBD vendus en France sont donc tous issus de plantes cultivées à l’étranger, dans des pays où l’exploitation de la plante de cannabis toute entière est autorisée.

D’où un flou juridique qui a maintenu tout le secteur dans une réelle insécurité jusqu’à la fin de l’année passée : l’utilisation d’huile produite à l’étranger à base de fleurs constituait-elle une infraction ou pas ? Le gouvernement répondit par la positive à cette question et s’attaqua donc au secteur du CBD.

Le cas de plus emblématique de cette politique offensive est connu comme l’ « affaire Kanavape ». Pour le dire en quelques mots, en 2014, Sébastien Beguerie et Antonin Cohen créèrent une cigarette électronique au CBD (contenant moins de 0,2% de THC) qu’ils appelèrent Kanavape. Ils furent condamnés par la justice française en 2018 car ils recouraient à une huile CBD fabriquée en République Tchèque extraite, notamment, des fleurs et des feuilles de la plante de cannabis. Après plusieurs rebondissements qu’il est inutile de détailler ici, le 19 novembre 2020, la Cour de Justice de l’Union Européenne jugea illégale l’interdiction du CBD par la France. Le droit international primant sur le droit national, la France s’est ainsi vue contrainte d’autoriser la commercialisation du CBD produit à partir de fleurs de cannabis hors de ses frontières.

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Le second facteur expliquant le succès grandissant des boutiques de produits à base de CBD est l’évolution des mentalités et une nouvelle approche du bien-être. La clientèle de ces magasins d’un nouveau genre est loin de l’image du junkie que beaucoup s’imagine.

Cette clientèle est composée de trois types de consommateurs. Les premiers sont ceux qui ont découvert le CBD via le cannabis récréatif. Eux ont déjà expérimenté le CBD, savent à quoi s’en tenir et sont dépourvus de stéréotypes à l’égard de cette plante. Les deuxièmes sont des malades déçus par les traitements qui leur sont conventionnellement proposés. En recherche de médecines douces et de solutions naturelles, ils s’orientent soit vers le cannabis thérapeutique, soit vers le CBD car il n’a pas d’effet psychoactif et que les recherches scientifiques démontrant ses bienfaits médicinaux ne cessent de s’accumuler. Les troisièmes sont tout simplement à la recherche d’un accompagnement bio et naturel pour faire face au stress du quotidien et à la difficulté de la vie d’aujourd’hui. Inutile de préciser que la situation sanitaire faite d’incertitudes et de confinements, mêlée à une situation politique toujours plus délétère a fait grossir cette classe de consommateurs dans des proportions impressionnantes.

Pour répondre aux demandes de cette clientèle très spécifique, les boutiques CBD se sont adaptées et proposent désormais pour la plupart une ambiance bien éloignée des coffee shops des Pays-Bas pour ressembler davantage à des magasins bio ou des parapharmacies.

La réforme du cannabis progresse à travers le monde et, concomitamment, les aprioris et préjugés négatifs à son égard disparaissent. Ceux qui auparavant se montraient réfractaires à l’idée même de consommer un produit issu de la plante de cannabis font aujourd’hui preuve d’une plus grande ouverture d’esprit. Plus profondément le CBD entrera dans nos vies, plus vite disparaitra l’hostilité à son égard, une hostilité héritée d’un passé fait d’une profonde méconnaissance de cette plante et de ses vertus, autant que d’une mésinformation particulièrement virulente.

À la lecture de ces quelques lignes, certains pourraient être tentés d’acheter des graines de cannabis pour expérimenter, par eux-mêmes, les bienfaits que cette plante est réputée procurer. Nous vous invitons néanmoins à toujours consulter la législation en vigueur dans votre pays et à vous y conformer. En France et en Belgique, par exemple, il est interdit de germer des graines de cannabis. Il ne s’agit que d’objets de collection.  


[1] https://start.lesechos.fr/societe/culture-tendances/le-cbd-seduit-les-entrepreneurs-francais-malgre-des-risques-1221171#:~:text=Lanc%C3%A9%20l’an%20dernier%2C%20ce,de%20200%20boutiques%20en%20France

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000027516352/

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.
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