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Le cannabis et les troubles de la thyroïde

Les troubles thyroïdiens font partie de ces nombreuses maladies qui, comme la fibromyalgie ou l’endométriose, sont courantes mais mal diagnostiquées, peut-être parce qu’elles affectent majoritairement les femmes.[1]. Aux États-Unis seulement, environ 20 millions de personnes souffrent de troubles de la thyroïde, dont près de 60% ne le savent même pas. En France, les proportions sont semblables puisqu’on estime que 10 à 15% de la population présente des problèmes thyroïdiens.

Pour l’heure, la majorité des patients souffrant de la thyroïde se voient prescrire des substituts hormonaux. Ceux-ci se contentent de remplacer la thyroïde dans les tâches qu’elle ne parvient pas à effectuer. Mais ils n’agissent pas directement sur elle. De plus, ils présent de nombreux effets secondaires qui, dans certains cas, peuvent s’avérer fort incommodants. Ils sont donc de plus en plus nombreux les patients qui se tourner vers d’autres types de médications. D’où la question de l’intérêt du cannabis dans la lutte contre les troubles thyroïdiens.

Qu’est-ce que la thyroïde et à quoi sert-elle ?

La thyroïde est une glande du système endocrinien qui se situe sous le larynx. Via la production de deux hormones – T3 (triiodothyronine) et T4 (tétraiodothyronine) –, elle contrôle le métabolisme en déterminant comment les cellules du corps utilisent leur énergie, d’où son importance dans la régulation du poids, dans la gestion de l’humeur ou encore dans le contrôle des niveaux d’énergie physique et mentale.

Mais il arrive que la thyroïde fonctionne mal. Les deux formes de dysfonctionnement thyroïdiens les plus courantes sont l’hyperthyroïdie – laquelle consiste en une surproduction d’hormones thyroïdiennes – et l’hypothyroïdie – qui, à l’inverse, traduit une sous-production de ces hormones.

L’hyperthyroïdie toucherait environ une femme sur cent et peut être causée par une consommation excessive d’iode ou de tétraiodothyronine, par une inflammation, par des tumeurs (des testicules, des ovaires, de l’hypophyse ou de la thyroïde elle-même) ou encore par certaines maladies (maladie de Basedow, goitre multinodulaire ou goitre nodulaire toxique). Les symptômes de l’hyperthyroïdie sont la fatigue, la prise de poids, la constipation, la perte de cheveux, la hausse du taux de cholestérol et/ou une frilosité accrue.

L’hypothyroïdie est généralement causée par la maladie de Hashimoto ou par des dégâts occasionnés à la thyroïde lors de séances de radiothérapie. La plupart du temps, l’hypothyroïdie est bénigne et se manifeste par des symptômes tels que des tremblements, une intolérance à la chaleur et une forte transpiration, de l’irritabilité et/ou une augmentation de l’appétit.

Le cannabis peut-il aider à lutter contre les troubles de la thyroïde ?

Si les scientifiques se posent la question d’une éventuelle influence du cannabis sur la thyroïde, c’est parce que plusieurs études ont démontré qu’il existait un lien étroit entre la thyroïde et le système endocannabinoïde.

Le système endocannabinoïde dans le cerveau

Déjà dans les années 1970 et 1980, les chercheurs avaient remarqué que le cannabis réduisait les niveaux d’hormones thyroïdiennes chez les rats[2]. Plus récemment, une étude parue dans le European Journal of Endocrinology démontrait que, chez ces mêmes animaux, les récepteurs CB1 modulaient la libération des hormones thyroïdiennes T3 et T4. Ses auteurs suggéraient donc que les cannabinoïdes pouvaient jouer un rôle dans la régulation de l’activité de la thyroïde chez ces rongeurs[3].

Mais notre compréhension des rapports entre cannabinoïdes, système endocannabinoïde et thyroïde dépasse le simple cas des rongeurs. Une étude de 2009 a ainsi montré que, chez les humains, les récepteurs CB1 du système endocannabinoïde interagissaient directement avec les neurones responsables du contrôle de la thyroïde[4]. Une autre étude, publiée en 2015 a confirmé ces conclusions en démontrant que les récepteurs cannabinoïdes pouvaient agir sur les lésions thyroïdiennes[5].

Au vu de ce lien entre le système endocannabinoïde et la thyroïde, il parait légitime de se questionner sur une éventuelle relation entre consommation de cannabis et troubles thyroïdiens. Seules quelques études ont été consacrées à cette question. Par chance, l’une est d’une ampleur assez remarquable.

En effet, depuis plusieurs décennies, le National Center for Health Statistics des États-Unis réalise annuellement des statistiques destinées à évaluer l’état de santé des américains. En 2017, une équipe de chercheurs a étudié les rapports produits entre 2007 et 2012 dans le but d’évaluer les effets du cannabis sur la fonction thyroïdienne des consommateurs. Au total, les données de 5.280 personnes âgées de 18 à 69 ans ont ainsi pu être analysées. Il en est ressorti que ceux qui avaient consommé du cannabis durant le mois précédent les analyses présentaient un taux de thyrotropine plus faible que les non-consommateurs ou que ceux dont la dernière consommation de cannabis datait de plus d’un mois[6]. La thyrotropine (ou TSH) est une hormone sécrétée par l’hypophyse qui régule la sécrétion des hormones thyroïdiennes par la thyroïde. En d’autres termes, plus le taux de thyrotropine est élevé, plus la thyroïde est active. On pourrait donc déduire de cette étude que la consommation de cannabis conduit à une hypothyroïdie passagère.

Cette hypothèse est corroborée par une autre étude réalisée en 2008 dont les auteurs ont remarqué une sous-excitation du système thyroïdien chez les personnes consommant du cannabis sur de longues périodes[7].

Mais les choses ne sont pas si simples puisqu’une autre étude publiée en 2013 dans Pharmacopsychiatry a étudié les fonctions thyroïdiennes de consommateurs réguliers de cannabis et en a conclu qu’elles n’avaient pas été impactées par cette consommation[8].

En guise de conclusion, on ne peut que déplorer le manque d’études consacrées aux liens entre cannabis et troubles thyroïdiens, tout en se réjouissant néanmoins de l’intérêt grandissant des chercheurs pour cette question. Quant aux contradictions entre les diverses études, elles sont dues autant à des échantillons souvent trop faibles pour être réellement significatifs qu’à la complexité de l’univers du cannabis qui regroupe une telle diversité de plantes aux caractéristiques si variées qu’il est illusoire de chercher un lien entre thyroïde et cannabis sans prendre la peine de spécifier une variété. Pour le dire autrement, les recherches consacrées à cette question se contentent de séparer les gens en deux groupes : ceux qui consomment du cannabis et ceux qui n’en consomment pas.

Or, consommer du cannabis riche en CBD ne produit pas les mêmes effets que du cannabis riche en THC. Tant que les chercheurs ne pourront pas sectionner leurs échantillons en fonction du type de cannabis consommé, les études demeureront superficielles et ne pourront qu’au mieux donner des pistes de réflexion sans résultats solides. Par conséquent, si vous souffrez d’un quelconque trouble thyroïdien et que vous êtes tentés par un traitement à base de cannabis, évitez l’automédication et consultez un médecin.


[1] D. Rodriguez, Are You at Risk for Thyroid Disease?, in: EveryDay Health [https://www.everydayhealth.com/thyroid-conditions/evaluating-your-thyroid-disease-risk.aspx].

[2] P. Lomax, The Effect of Marihuana on Pituitary-Thyroid Activity in the Rat, in: Agents Actions 1 (1970), p. 252–257; C. J. Hillard, N. E. Farber, T. C. Hagen, A. S. Bloom, The effects of Δ9-tetrahydrocannabinol on serum thyrotropin levels in the rat, in: Pharmacol Biochem Behav 20 (1984), p. 547–550.

[3] A. Porcella, G. Marchese, M. Casu, A. Rocchitta, M. Lai, G. Gessa, L. Pani, Evidence for functional CB1 cannabinoid receptor expressed in the rat thyroid, in: European Journal of Endocrinology 147 (2002), p. 255-261 [https://pubmed .ncbi.nlm.nih.gov/12153749 /].

[4] L. Deli, G. Wittmann, I. Kalló, R. M. Lechan, M. Watanabe, Z. Liposits, C. Fekete, Type 1 Cannabinoid Receptor-Containing Axons Innervate Hypophysiotropic Thyrotropin-Releasing Hormone-Synthesizing Neurons, in: Endocrinology 150 (2009), p. 98-103 [https://www .ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2630898 /].

[5] E. Lakiotaki, C. Giaginis, M. Tolia, P. Alexandrou, I. Delladetsima, I. Giannopoulou, G. Kyrgias, E. Patsouris, S. Theocharis, Clinical Significance of Cannabinoid Receptors CB1 and CB2 Expression in Human Malignant and Benign Thyroid Lesions, in: BioMed Research International (2015), p.1-7 [https://pubmed .ncbi.nlm.nih.gov/26539529 /].

[6] S. Malhotra, R. A. Heptulla, P. Homel, R. Motaghedi, Effect of Marijuana Use on Thyroid Function and Autoimmunity, in: Thyroid: Official Journal of the American Thyroid Association (2017), p. 167-173 [https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27799014/].

[7] R. I. Herning, W. Better, J. L. Cadet, EEG of Chronic Marijuana Users During Abstinence: Relationship to Years of Marijuana Use, Cerebral Blood Flow and Thyroid Function, in: Clinical Neurophysiology (2008), p. 321-31 [https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18065267/].

[8] U. Bonnet, Chronic Cannabis Abuse, Delta-9-tetrahydrocannabinol and Thyroid Function, in: Pharmacopsychiatry (2013), p. 35-36 [https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22821384/].

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