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Le coût social du cannabis en France

La France est l’un des pays européens qui consomme le plus de cannabis. En 2017, 11 % de la population, et 21 % des jeunes adultes (15-34 ans) ont déclaré avoir consommé du cannabis au cours de l’année écoulée[1]. Pourtant, la France est aussi l’un des pays où la législation est la plus répressive.

Le gouvernement français peut-il continuer à justifier la prohibition du cannabis et les sanctions sévères en vigueur, alors que les statistiques révèlent que cette stratégie a eu un impact limité sur la prévalence de la consommation, tout en ayant un impact délétère sur la vie des gens qui choisissent de consommer cette plante ?

La situation du cannabis en France

En France, la détention, l’usage et la vente de cannabis sont passibles de poursuites pénales en vertu de la loi du 31 décembre 1970. C’est l’une des législations les plus dures d’Europe puisque la simple consommation de cannabis peut être passible d’un an de prison. Des études spécifiquement consacrées au cannabis ont démontré que cette loi était inefficace et générait une injustice sociale[2]. Pourtant, peu de voix s’élèvent dans la classe politique pour en demander l’abrogation ou, au moins, l’amendement.

Il faut dire que la situation politique est particulièrement tendue en France. Dans quelques mois auront lieu des élections présidentielles qui seront particulièrement disputées tant le président Emmanuel Macron est impopulaire. Or, la stratégie d’Emmanuel Macron pour assurer sa réélection est claire et il ne s’en cache d’ailleurs pas : il veut attirer à lui l’électorat de droite et d’extrême-droite parce qu’il pense que ces électeurs sont plus enclins à se déplacer aux bureaux de vote que les électeurs de gauche. Comme il peut compter sur le soutien des grands médias publics et privés, lesquels – spécificité bien française – sont tous possédés par des milliardaires bien contents de voir la France dirigée par des néolibéraux, ce sont donc des thèmes de campagne chers à la droite et l’extrême-droite qui sont mis en avant et qui occupent seuls le devant de la scène. On ne parle donc que d’immigration et de sécurité.

Et dans ce dernier point est évidemment inclus la lutte contre la drogue, notamment le cannabis. Le gouvernement se présente donc en parangon de la lutte contre le cannabis dont le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a fait son cheval de bataille. Hélas, s’attaquer au trafic de drogue est difficile, prend du temps et demande des moyens considérables. Médiatiquement, ce n’est donc pas idéal. Qu’à cela ne tienne. Gérald Darmanin s’en prend donc aux consommateurs. C’est bien plus facile et rentable médiatiquement.

Désireux de se montrer inflexible et combatif, le ministre de l’Intérieur abandonne donc son langage fleuri et châtié pour parler de « cette merde » quand il évoque cannabis, suscitant l’étonnement des journalistes peu habitués à ce genre de communication. Cet homme a donc décidé de punir d’une amende forfaitaire de 135€ pour toute personne trouvée en possession de cannabis. Et dès qu’une opération de police est menée, on n’oublie pas de l’annoncer sur les réseaux sociaux et d’en avertir les médias pour qu’ils puissent montrer l’attitude implacablement volontaire et proactive du gouvernement et de son ministre de l’Intérieur.

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Et cette attitude tourne parfois au ridicule. En témoigne ce tweet de la préfecture de Deux-Sèvres qui explique qu’une vingtaine de militaires accompagnés d’une brigade cynophile ont été mobilisés en pleine nuit pour contrôler 130 personnes. Résultat, quelques boulettes de shit trouvées. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

Clairement, cette politique hypocritement volontaire et déterminée coute « un pognon de dingue » pour reprendre une expression utilisée par Macron pour évoquer le cout des politiques sociales. Elle est d’ailleurs inefficace cette politique, puisque la France est l’un des pays qui consomme le plus de cannabis et que rien n’a changé ces dernières années. La politique du gouvernement n’est donc pas dissuasive.

Hélas, la campagne électorale se focalisant entièrement sur le thème de la sécurité, de l’immigration ou de l’identité, peu de politiques osent proposer une politique différente. Et ceux qui le font n’ont pas accès aux médias qui poussent à la réélection de Macron ou à son remplacement par un candidat encore plus à droite comme Éric Zemmour.

Le coût social d’une légalisation du cannabis

Il serait donc bon de retirer le débat du champ du politique et, au moins dans un premier temps, de le laisser aux mains de spécialistes. C’est la seule façon de dépassionner cette question et de l’analyser sur une base objective, sans aprioris ou préjugés. C’est ce à quoi se sont attelés deux chercheurs, Christian Ben Lakhdar (Université de Lille) et Pierre-Alexandre Kopp (Université Panthéon-Sorbonne – Paris I) dans un article où ils questionnent le coût social du cannabis.

Le « coût social » d’une drogue légale (alcool et tabac) ou illégale (cannabis, cocaïne ou autre) évalue le cout des conséquences de sa consommation. Pour le dire autrement, la consommation d’une drogue engendre des frais pour la société en vies humaines perdues ou en soins de santé mais aussi en politiques publiques de prévention ou de répression. En revanche, cette consommation rapporte aussi de l’argent aux finances publiques via les taxes et accises. Par ailleurs, la consommation de drogues peut éviter à l’état certaines dépenses. En effet, le marché noir n’engendre certes pas de recettes fiscales mais il permet à l’état d’économiser sur les retraites, puisque les activités illégales non déclarées ne donnent évidemment pas droit à la perception d’une retraite.

D’autres éléments doivent encore être ajoutés à l’équation. En effet, la dépénalisation ou la légalisation du cannabis entraine un soulagement psychologique des consommateurs (et des producteurs dans le second cas) qui n’ont plus à craindre la répression. La légalisation totale mêlée à l’édiction de normes de qualité et de contrôle entraîne une réduction des coûts en termes de santé publique mais aussi une satisfaction psychologique chez les consommateurs qui savent que leur santé n’est pas mise en danger par des produits de mauvaise qualité. Il est difficile de quantifier ces bienfaits psychologiques mais ils doivent être pris en considération dans le calcul de l’impact des politiques sur le bien-être collectif.

Le calcul du cout social du cannabis est donc extrêmement complexe et doit prendre en compte des facteurs très variés qu’il est parfois difficile de quantifier. Pour résumer, plus le cout social d’une chose est élevé plus la chose en question affecte négativement le bien-être collectif. En revanche, plus ce cout est faible, voire négatif, plus le bien-être collectif augmente.

Dans un article publié en 2018, Christian Ben Lakhdar et Pierre-Alexandre Kopp calculent donc le coût social de la politique actuelle en matière de cannabis qu’ils comparent ensuite au coût d’une dépénalisation de l’usage du cannabis et à celui d’une légalisation pleine et entière. Pour évaluer le coût social du cannabis dans ces trois situations, ils expliquent que les variations du prix de vente affecteront en positif ou en négatif le nombre de consommateurs, lequel va impacter les finances publiques, puisque davantage de consommateurs implique une hausse des dépenses en prévention et/ou en répression et en soins de santé, mais aussi un manque à gagner dû à des décès prématurés. Dans le scénario d’une légalisation du cannabis, une baisse de prix et une hausse de la consommation entrainent aussi une hausse des recettes fiscales. Or, tous ces facteurs (prévention, répression…) ont un impact sur la consommation et donc sur la demande et donc sur le cout. Il s’agit d’un cercle vicieux (ou vertueux selon les points de vue) dans lequel chaque modification entraine une réaction en chaine qui affecte tous les autres éléments.

Les résultats de cette étude sont sans appel. La politique actuelle coute très cher pour des résultats négatifs en termes de cout social et donc de bien-être collectif. La dépénalisation de la consommation de cannabis engendrerait une augmentation du bien-être collectif évaluée à 469,7 millions d’euros annuels. Et la légalisation pure et simple du cannabis serait, de loin, la solution qui engendrerait la hausse la plus importante du bien-être général de la population française. Cette hausse est chiffrée par les chercheurs à 1,8 à 2,2 milliards d’euros par an.

Alors que la France traverse une période de crise sociale et économique profonde et que les finances publiques sont exsangues, quel intérêt ses dirigeants peuvent-ils bien trouver à délaisser une telle manne ?


[1] European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction (EMCDDA). Statistical Bulletin 2021 – Prevalence of Drug Use. Available at: https://www.emcdda.europa.eu/data/stats2021/gps_en

[2] Ben Lakhdar C. et Tanvé M. (2013). “Évaluation économique de la loi du 31 décembre 1970 réprimant l’usage et le trafic de stupéfiants – Illustration par le cannabis”, Psychotropes, vol. 19, n° 1, pp. 27-48.

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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