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MANIFESTE EN FAVEUR DES COOPÉRATIVES DE CANNABIS

Malgré les appels lancés par les activistes et les décideurs politiques pour garantir l’équité sociale au sein du marché mondial du cannabis légal, la réalité est que l’industrie est devenue, comme on pouvait s’y attendre, une industrie corporative, dominée par de grandes entreprises. Dans le même temps, les entreprises plus petites et appartenant à des minorités ont du mal à s’imposer. Il ne sera probablement pas facile de renverser cette tendance. Cependant, les coopératives de cannabis peuvent offrir une solution, car elles représentent un modèle commercial alternatif qui permet un partage plus équitable du pouvoir et des bénéfices et qui est conçu pour répondre aux besoins des communautés plutôt qu’à ceux des dirigeants d’entreprise.

Qu’est-ce qu’une coopérative de cannabis ?

Les coopératives sont des institutions appartenant à leurs membres, dans lesquelles chaque membre a autant de pouvoir que les autres et où chacun a le droit de bénéficier des revenus générés. Ce modèle a été déployé avec succès dans divers secteurs, notamment l’agriculture, le commerce de détail et même la médecine, ce qui signifie que le cadre est déjà en place pour établir des coopératives de cannabis.

Il existe plusieurs types de coopératives, chacune étant structurée de manière légèrement différente, mais toutes sont conçues pour garantir un partage démocratique des bénéfices, des coûts et des responsabilités. Étant donné que les coûts de démarrage et d’exploitation associés aux entreprises de cannabis représentent actuellement un obstacle majeur pour les petits entrepreneurs et les personnes issues de minorités, les coopératives de cannabis peuvent permettre à un plus grand nombre de personnes de participer à un marché autrement exclusif.

Coopératives de consommateurs de cannabis

Les coopératives de consommateurs sont celles qui sont entièrement détenues par leurs clients, qui adhèrent à l’organisation en en devenant membres. En général, les coopératives de consommateurs ne vendent leurs produits qu’à leurs membres, qui peuvent soit acheter des articles à un prix réduit, soit les recevoir gratuitement en échange de leur cotisation. Les coopératives d’épicerie de quartier en sont un bon exemple. Tous les produits sont partagés équitablement entre les membres, qui reçoivent généralement leur ration sous la forme d’un panier de légumes hebdomadaire.

Ce modèle a également permis l’émergence de “clubs d’acheteurs”, qui fournissent des médicaments à prix coûtant à ceux qui en ont besoin. En fait, ce cadre est appliqué aux coopératives de cannabis depuis des décennies, l’exemple le plus ancien étant la Wo/Men’s Alliance for Medical Marijuana (WAMM).

Fondée à Santa Cruz, en Californie, en 1993, la WAMM a été la première coopérative de cannabis thérapeutique à recevoir le statut d’organisme à but non lucratif, ce qui lui permet aujourd’hui de fournir du cannabis thérapeutique biologique de haute qualité à tous ses membres. Cela permet aux personnes dans le besoin d’avoir accès à leur médicament en échange d’une cotisation abordable, plutôt que de devoir l’acheter dans des dispensaires coûteux.

Un autre exemple célèbre de coopératives de consommateurs de cannabis se trouve en Espagne, où des cannabis social clubs sont en activité depuis plusieurs décennies maintenant. Comme la WAMM, ces clubs cultivent leur propre herbe et la distribuent équitablement à leurs membres plutôt que de la vendre. Si la légalité de ces institutions a toujours été un peu floue, elles ont le mérite de fournir un accès sûr et abordable à du cannabis de qualité. Elles sont d’une valeur inestimable pour les consommateurs médicinaux autant que récréatifs.

Le cannabis thérapeutique étant désormais légal dans de nombreux endroits, les coopératives pourraient bien représenter le meilleur moyen possible pour de nombreux patients de s’approvisionner, surtout s’ils ne peuvent pas cultiver leur propre herbe. Après tout, les patients sous consommateurs de cannabis thérapeutique ont souvent besoin de grandes quantités de médicaments, qui peuvent être très chers s’ils sont achetés dans un dispensaire. En rejoignant une coopérative, cependant, ces patients peuvent s’assurer que leurs besoins sont satisfaits sans se ruiner.

Pour répondre à cette demande, certains gouvernements ont créé un cadre juridique pour la création de coopératives de cannabis thérapeutique. L’État de Washington, par exemple, autorise les coopératives comptant jusqu’à quatre patients sous cannabis médicinal, qui peuvent cultiver collectivement les plantes nécessaires pour couvrir leurs besoins. Alors que l’usage récréatif est également légal à Washington, l’État n’a pas encore proposé de licences pour les coopératives de cannabis non thérapeutique.

Coopératives de producteurs de cannabis

Les coopératives de producteurs permettent aux agriculteurs et autres travailleurs agricoles de vendre leurs produits collectivement. Les petits producteurs peuvent ainsi unir leurs forces et partager leurs coûts d’exploitation et de commercialisation, ce qui leur permet de concurrencer les grandes entreprises.

Pour les petits producteurs de cannabis, cela peut représenter le seul moyen possible d’entrer sur le marché. Après tout, les cultivateurs artisanaux qui produisent des quantités relativement faibles d’herbe ont peu de chances d’avoir les ressources nécessaires pour obtenir une licence et commercialiser leur produit de manière indépendante, et ceux qui le font sont certains d’être concurrencés par les grandes entreprises.

En formant une coopérative avec d’autres petits cultivateurs de cannabis, cependant, ces coûts peuvent être partagés. Le marketing peut être réalisé collectivement, et tous les membres peuvent vendre leur herbe sous une marque unique.

La participation à une coopérative permet donc à chaque cultivateur individuel de rester petit tout en bénéficiant de la sécurité qu’offre l’appartenance à une grande organisation. Cela signifie qu’aucun des participants n’a à se soucier de l’expansion de ses propres opérations et peut continuer à se concentrer sur le cannabis artisanal plutôt que sur la production de masse de ses plantes. En tant que telles, les coopératives de producteurs ont la réputation de fournir des produits de haute qualité, et sont donc populaires parmi les consommateurs à la recherche de produits haut de gamme.

Malheureusement, former une coopérative de producteurs de cannabis n’est pas si facile. L’État du Massachusetts, par exemple, permet l’obtention de licences Craft Marijuana Cooperative – lesquelles permettent exactement ce type de coopérative – mais pratiquement aucune licence de ce type n’a été accordée, car elles sont difficiles à obtenir.

Coopératives de travailleurs du cannabis

Le troisième grand type de coopérative est la coopérative de travail associé qui, comme son nom l’indique, est une entreprise qui appartient à ses travailleurs. Ce type d’organisation est hautement démocratique. Chaque employé de l’entreprise a un droit de regard égal sur la façon dont l’organisation est gérée, et les bénéfices sont partagés en fonction du travail fourni par chacun.

Les entreprises classiques, elles, versent des dividendes aux actionnaires et aux investisseurs, tandis que les membres du conseil d’administration et les dirigeants prennent toutes les décisions. Dans ces entreprises, les riches s’enrichissent et le pouvoir est concentré entre les mains d’une poignée de personnes. Si cette situation est courante, la nécessité d’éviter un tel scénario dans l’industrie du cannabis est largement reconnue.

Après tout, les minorités et les personnes issues des milieux les plus pauvres ayant été affectées de manière disproportionnée par les lois prohibitionnistes sur le cannabis dans le passé, il n’est que juste que ces groupes soient prioritaires lorsqu’il s’agit de récolter les bénéfices de la légalisation. Pourtant, une fois que les grandes entreprises entrent en jeu, il sera presqu’impossible pour ces communautés de participer.

La formation de coopératives de travailleurs du cannabis pourrait donc offrir une porte d’entrée à ces groupes, car aucun individu n’a à supporter la charge financière de la création de sa propre entreprise. Lorsqu’une communauté entière est propriétaire d’une entreprise de cannabis, non seulement tous les coûts sont partagés, mais les bénéfices restent tous dans cette communauté. De plus, les travailleurs ont le pouvoir collectif de déterminer leurs propres salaires et conditions de travail, le seul “patron” dans un tel modèle égalitaire étant la communauté elle-même.

Plusieurs pays et États ont tenté de favoriser l’équité sociale au sein de l’industrie du cannabis par le biais de clauses législatives spéciales. Cependant, la réalité est que ces clauses ont été lentes à prendre effet. Par conséquent, le marché est généralement dominé par les élites, et les coûts liés à la gestion d’une entreprise de cannabis empêchent les minorités d’y prendre part.

Si la loi ne garantit pas l’équité, les coopératives de travailleurs du cannabis peuvent être le meilleur moyen pour certains groupes sous-représentés de s’attaquer aux grandes entreprises. Un excellent exemple de cela est ¡High Mi Madre!, une coopérative de travailleurs appartenant à des femmes de couleur à New York qui aide à canaliser les avantages économiques de la légalisation du cannabis dans les communautés qui ont historiquement été ciblées par la guerre contre la drogue.

Qu’en est-il des licences de micro-culture ?

Les petits cultivateurs qui ne souhaitent pas rejoindre une coopérative de cannabis peuvent avoir intérêt à demander une licence de micro-culture conçue pour permettre aux cultivateurs artisanaux d’entrer sur le marché. Actuellement disponibles au Canada et dans certains États américains, ces licences autorisent la production d’un nombre limité de plantes chaque année et s’accompagnent d’une série d’avantages tels que des frais de licence réduits et moins de réglementations.

En résumé, les licences de micro-culture sont destinées à ceux qui souhaitent produire de petits lots d’herbe de haute qualité sans avoir à subir les pressions de la production de masse. Contrairement au modèle coopératif, cependant, le cultivateur doit couvrir tous ses frais commerciaux, qui peuvent facilement atteindre des millions de dollars, même pour une micro-entreprise.

Cependant, certains États mettent actuellement en œuvre des mesures visant à donner aux micro-producteurs une longueur d’avance dans l’industrie du cannabis. Le New Jersey, qui a légalisé le cannabis récréatif au début de l’année, a annoncé que 25 % de toutes les licences de culture seront réservées aux micro-entreprises, la priorité étant donnée à celles détenues par des femmes, des minorités ou des vétérans de l’armée.

Ce faisant, l’État espère permettre aux petites entreprises de contrôler une plus grande part du marché légal du cannabis, garantissant ainsi un secteur artisanal florissant et empêchant l’herbe de tomber dans la fange des entreprises.

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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