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TOUT SUR L’IRRADIATION DU CANNABIS

Dans le cadre de la lutte permanente contre les agents pathogènes, de plus en plus de cultivateurs se tournent vers l’irradiation du cannabis. Ce processus – qui consiste à exposer la plante à des radiations – peut sembler dangereuse, voire effrayante, mais est-ce bien le cas ?

Le nucléaire est sans doute l’une des industries les plus décriée aujourd’hui. Sa réputation a été entachée par quelques catastrophes très médiatisées, comme celles de Tchernobyl ou, plus récemment, de Fukushima. Mais malgré ces incidents bien connus et les risques qui y sont associés, la technologie nucléaire a beaucoup à offrir. Dans de nombreux pays, l’irradiation des aliments est utilisée depuis des décennies pour traiter les fruits, les tubercules, le poisson et les viandes[i]. À l’heure actuelle, environ 60 pays dans le monde utilisent l’irradiation pour garantir la qualité de leur approvisionnement alimentaire[ii].

Dans une interview de 2018 avec le Winnipeg Free Press, Dan Sutton, fondateur et PDG du producteur canadien de cannabis sous licence Tantalus Labs, a déclaré qu’il avait fait des recherches sur l’utilisation de l’irradiation dans l’industrie du cannabis thérapeutique et a suggéré que la technique avait été utilisée par au moins 80 % des producteurs de cannabis légaux.[iii]. Fort de sa carrière dans l’industrie nucléaire, Sutton est bien placé pour garantir la sécurité du traitement par irradiation, d’autant plus que la réglementation canadienne sur le cannabis thérapeutique est l’une des plus stricte au monde. Il semble donc bien que l’irradiation soit une méthode sûre et viable de traitement des cultures.

Comment fonctionne l’irradiation du cannabis?

Dans le cadre de ce processus, le cannabis est chargé, quelques kilos à la fois, dans une machine ressemblant à un grand four à micro-ondes, puis soumis à une explosion de rayons gamma provenant d’un isotope synthétique de cobalt. La même technologie est utilisée pour stériliser les aliments et les équipements médicaux[iv] – ce qui appuie son innocuité. Le processus d’exposition du cannabis aux rayons gamma a pour effet d’inactiver de nombreux contaminants, y compris les nuisibles les plus fréquemment rencontrés par les cultivateurs, comme les moisissures et l’oïdium. Dan Sutton a expliqué succinctement le processus dans une série de tweets sur le sujet en mars 2018, où il a déclaré que l’irradiation impliquait “[…] l’utilisation d’énergie pour secouer les liaisons ADN dans les moisissures et autres pathogènes afin de les rendre inertes”[v]. En d’autres termes, l’irradiation permet de stériliser efficacement la plante.

L’irradiation du cannabis est-elle sans danger ?

Malgré sa probable innocuité, l’irradiation du cannabis fait débat. L’Organic Consumers Association affirme que l’irradiation peut entraîner la perte de 85 % des vitamines et endommager les enzymes naturelles des aliments[vi]. Du coup, qu’en est-il pour le cannabis ?

Bien que des inquiétudes aient été soulevées, notamment en ce qui concerne les modifications de la texture, de la saveur et des terpènes, une recherche publiée dans la revue Frontiers in Pharmacology n’a montré aucune modification au niveau du THC, du CBD ou de la teneur en eau. Cependant, certains terpènes semblent sensibles aux radiations, notamment le myrcène, l’ocimène et le terpinéol. Les recherches suggèrent une réduction en quantité de 10 à 20 % et, jusqu’à 38% pour certains composants[vii]. Ce n’est pas rien. Seriez-vous tenté par du cannabis dont la teneur en terpènes a été réduite de 38 % ?

Cependant, l’étude a également noté que la dégradation n’était pas la même pour toutes les variétés, et que certaines d’entre elles ne présentaient aucune dégradation. Arno Hazekamp, responsable de la recherche chez Bedrocan BV, a donc apaisé les craintes des consommateurs inquiets en déclarant : “Certains terpènes ont vu leur quantité diminuée parce qu’ils s’évaporent pendant la procédure d’irradiation.

Cependant, aucun composé nouveau ou produit dégradé n’a été observé [sur du cannabis ayant été irradié]”[viii]. En fait, des changements se produisent au niveau des terpènes mais ils ne sont pas préjudiciables à la puissance du cannabis et n’endommagent pas le produit. Dan Sutton ajoute : “La plupart des arguments contre l’irradiation suggèrent que le cannabis qui, au départ, est spongieux, odorant et beau, ressort du processus d’irradiation brûlé et craquant. C’est manifestement faux. L’herbe s’effrite toujours après le séchage, qu’elle ait été irradiée ou non”[ix].

Malgré cela, certains restent sceptiques et affirment que l’irradiation donne un goût différent ou des effets particuliers en raison d’un changement dans la composition biochimique de la plante. Et comme il a été démontré que les terpènes offrent des avantages thérapeutiques indéniables (comme les propriétés anti-inflammatoires du myrcène par exemple), il est compréhensible que beaucoup considèrent tout changement comme quelque chose à éviter. Il convient donc de choisir entre l’irradiation – qui garantit la quasi stérilité du cannabis – ou d’autres méthodes – qui préservent mieux les terpènes.

Comment savoir si du cannabis a été irradié ?

Si vous ne désirez savoir si votre herbe a été irradiée, fiez-vous à certains indices spécifiques. Tout d’abord, le cannabis provenant d’un dispensaire thérapeutique a plus de chances d’avoir été irradié – comme le dit Dan Sutton, on estime que 80 % des dispensaires au Canada utilisent cette méthode. Les dispensaires des États-Unis et des Pays-Bas ayant suivi le mouvement, il y a de fortes chances que l’herbe qu’on y trouve ait également été traitée de cette manière. Avec l’approbation de la méthode par l’OMS et la garantie d’une bonne résistance aux pathogènes, il est logique que le cannabis produit en masse soit soumis à ce processus. Mais est-il possible de connaitre avec certitude le traitement subi par un échantillon ?

Certains utilisateurs font état d’un manque notable de trichomes glandulaires, de fleurs cassantes et d’une réduction du goût. Ces changements seraient dus à la réduction de la quantité de terpènes.

En fin de comptes, rien n’est tout blanc ou tout noir. L’irradiation du cannabis permet certes la production de grandes quantités exemptes d’agents pathogènes, mais elle a un coût en termes de saveur ou potentiel thérapeutique suite à la perte de terpènes.

Références

[i]https://ec.europa.eu/food/food/biological-safety/food-irradiation/legislation_en

[ii]https://world-nuclear.org/information-library/non-power-nuclear-applications/radioisotopes-research/radioisotopes-in-food-agriculture.aspx

[iii]https://winnipegfreepress.com/arts-and-life/life/cannabis/leaflet-april-6-2018-going-green-and-glowing-green-478890673.html

[iv]https://www.britannica.com/science/cobalt-60

[v, ix]https://twitter.com/Dsutton1986/status/97837958978811904

[vi]https://organicconsumers.org/categories/irradiation

[vii, viii]https://frontiersin.org/articles/10.3389/fphar.2016.00108/full

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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