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Yoga défoncé : combiner cannabis et yoga

Au cours des deux dernières décennies, des types de yoga toujours plus divers ont vu le jour. Il existe, aujourd’hui, des yoga de niche qui correspondent à des pratiques très spécifiques au nombre d’adepte faible mais motivé. Parmi ceux-ci, on trouve le yoga pour chien (Doga), le yoga nu, le stand-up paddleboard yoga (SUP) ou encore celui qui va nous intéresser aujourd’hui, le yoga sous l’emprise du cannabis.

Dans les pays où l’usage du cannabis récréatif est légal, quantité d’activités “défoncées” sont proposées au public, de la peinture sous cannabis aux bed and breakfast thématiques (Crampton 2019) en passant, sans surprise, par le yoga sous cannabis, lequel est proposé aux États-Unis, au Canada ou encore en Afrique du Sud. Cette expérience consiste en une combinaison d’exercices de yoga et de méditation sous l’emprise du cannabis (fumé, vaporisé ou mangé).

Tous les consommateurs de cannabis savent que la consommation de cette plante permet une pleine conscience de son corps et une amplification des expériences sensorielles. Elle peut aussi conduire à une relaxation plus intense et faciliter la concentration. Ces effets sont particulièrement propices à la pratique du yoga, ce qui explique la naissance de cette tendance.

Les instituts consacrés au yoga sous cannabis

Le premier organisme qui a promu la pratique du yoga et de la méditation sous l’influence du cannabis fut Ganja Yoga, fondée par Dee Dussault en 2009. Cette organisation a rapidement gagné en popularité aux États-Unis, les chaines de télévision lui ayant consacré plusieurs reportages. D’autres initiatives furent ensuite lancées :

  • Cannayoga, créé par Roxy Louw et Sam Narton en Afrique du Sud.
  • 420 Yoga créé par Darrin ‘Yogi D’Zeer.
  • Canna Bliss fondé par Lau Alessia.
  • Cannabis 101 Ecannaflow instauré par Chioma Nwosu.
  • Marijuasana, créé par Stacey Mulvey.

Certains de ces instituts ont tellement grandit qu’ils ont ouvert des salles à travers l’ensemble des États-Unis et du Canada. En plus des cours, certains d’entre eux proposent aussi la possibilité de faire des retraites ou des formations aux cours desquelles la pratique du yoga sous cannabis peut être explorée plus en profondeur. La plupart de ces organismes commercialisent aussi des huiles CBD, des vêtements de yoga, des livres, des vidéos et d’autres types de produits. Dee Dussault (2017) et Darrin Zeer (2019) ont tous deux publié des livres sur le ganja/cannabis yoga.

Les cours de yoga sous cannabis sont habituellement assez “légers” et centrés sur la méditation. Il s’apparentent ainsi qu Yin Yoga, ou yoga réparateur et diffèrent assez bien du Ashtanga Yoga, par exemple, lequel est bine plus exigeant physiquement (Marque 2021). Les participants à ces cours font souvent état d’une plus importante capacité à se concentrer sur leur pratique, sur leur respiration et sur leur environnement (Kellner 2020).

Ces cours sont généralement mis en avant comme des pratiques bénéfiques équivalentes au cannabis thérapeutique. Leurs promoteurs signalent généralement que ces pratiques issues de l’Inde ancestrale peuvent d’ailleurs aisément être combinés à des traitements médicamenteux traditionnels. Certaines de ces organisations préconisent d’ailleurs des génétiques de cannabis spécifiques et des doses précises pour obtenir des effets spécifiques.

Cannabis et yoga dans l’Inde traditionnelle

Le cannabis (ou gāñjā) est considéré par les partisans du yoga comme une médecine “spirituelle” autant que corporelle traditionnellement vénérée (voir, par exemple, Hélène 2019). Bien que cette affirmation soit vraie dans une certaine mesure, il convient de la nuancer quelque peu.

Il est vrai que certains yogis indiens consomment régulièrement du cannabis tout en pratiquent le yoga. Il sont pourtant minoritaires. Certains amateurs de cannabis/yoga, comme Dussault (2017:118), affirment que le cannabis est mentionné par Patañjali dans son Yoga Sūtra, le texte le plus connu sur le yoga. Cette affirmation se réfère au verset 4.1 dans lequel Patañjali affirme que les pouvoirs occultes peuvent être obtenus par la naissance, la mantra-récitation, les pratiques ascétiques, un état de transe (samādhi), ou par les herbes (oṣadhi). Or, il ne peut s’agir d’une référence au cannabis, puisque les première référence au cannabis psychoactif dans les textes médicaux ayurvédiques d’Asie du Sud n’apparurent que plus d’un millénaire plus tard.

C’est dans les années 1920 que le yoga commença véritablement à gagner le monde entier. À cette époque, les objectifs traditionnellement associés à sa pratique – acquisition de pouvoirs occultes, illumination – ont été oubliés et le yoga est devenu une sorte d’aide à la relaxation, au développement spirituel, à la santé et au bien-être.

Les retraites modernes centrées sur le yoga, les notions de santé et de bien-être sont souvent combinées à des questionnements d’ordre ayurvédique. De nos jours, il est d’ailleurs courant de combiner des concepts ayurvédiques avec ceux du yoga (voir, par exemple, Heaberg 2021). Bien que certaines sources attestent qu’au VIIe siècle de notre siècle, le yoga était pratiqué par certains yogi (Barois 2020), cette pratique et l’Ayurvéda se sont développées séparément jusqu’au début des années 1970. C’est à cette époque seulement qu’on a commencé à intégrer des concepts ayurvédiques à l’enseignement du yoga. L’inclusion du cannabis dans ces pratiques constitue une nouvelle innovation.

420

Aux États-Unis en particulier, le chiffre 420 (4-20) est associé à la culture du cannabis. C’est dans en 1971 qu’est né ce concept quand cinq lycéens de San Raphael, en Californie, se réunissaient habituellement à 16h20 pour préparer une culture de cannabis finalement abandonnée. 420 est alors devenu une sorte de nom de code désignant al consommation du cannabis. Les amateurs de Grateful Dead ont ensuite popularisé cette appellation (Wikipedia 2021). Aujourd’hui, le 20 avril (20/4) est devenu le journée internationale de protestation contre la prohibition du cannabis. Là où le cannabis a été légalisé, cette journée s’est muée en célébration de cette légalisation.

En Inde, 420 (cār sau bīs en hindi) est également utilisé. Il y fait référence à une clause du code pénal indien qui définit la tricherie. En inde, une “personne 420” est donc un tricheur ou un menteur. Curieuse torsion de la terminologie.

Références

420 Retraites yoga (2021). http://www.420yogaretreats.com

Barois, Christèle (2020). «The Dharmaputrikā Saṃhitā: Preliminary Notes on an Early Text on Yoga». Journal of Yoga Studies, vol. 3, p. 5-76.

Marque, Danielle Simone (2021). «Comment j’utilise le cannabis pour stimuler ma pratique du yoga». Civilisé.

Canna Bliss Yoga and Meditation (2021).

Cannayoga (2021). https://www.cannayoga.co.za/our-story

Crampton, Nicole (2019). «Exemples d’idées d’affaires liées au cannabis». En Entrepreneur Afrique du Sud (24 juillet). https://www.entrepreneur.com/article/334695

Dussault, Dee (2017). «Pour l’amour de la feuille: Ganja-Enhanced Yoga for the Modern Practitioner». Dans Stephen Gray (ed.), Cannabis and Spirituality: An Explorer’s Guide to an Ancient Plant Spirit Ally, pp. 117-128. Rochester, Vermont/Toronto : Park Street Press.

Dussault, Dee et Georgia Bardi (2017). Ganja Yoga : Guide pratique de relaxation consciente, soulagement apaisant de la douleur et découverte éclairée de soi. New York : HarperOne.

Feuerstein, Georg (1989) [1979] . Le Yoga Sūtra de Patañjali: Une nouvelle traduction et commentaire. Rochester, Vermont: Inner Traditions International.

Ganja Yoga (2009): https://www.ganjayoga.com

Heagberg, Kat (2021). «Les cours de yoga favorables au pot vont-ils trop loin?». Yoga International

Hélène, Zoé (2019). «High Relationship: Connecting Cannabis and Yoga». LA Yoga, 3avril. https://layoga.com/practice/yoga/high-relationship-connecting-cannabis-and- yoga/

Kellner, Lindsay (2020). «J’ai essayé Ganja Yoga Here’s What Happened». mgbmindulness,13 mars. https://www.mindbodygreen.com/0-29894/i-tried-ganja-yoga-heres-what-arrivé.html

Marijuasana (2019) ‘Infused Yoga’. https://www.marijuasana.com

Wikipédia (2021). ‘420 (culture du cannabis)’.

Zeer, Darrin (2019). Yoga élevé : Améliorez le yoga avec des traitements de cannabis et de CBD pour la relaxation, la santé et le bonheur. San Francisco: Livres chroniques.

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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Matthew Clark

Since 2004, Dr. Matthew Clark has been a Research Associate at the School of Oriental and African Studies (University of London), where he taught courses on Hinduism between 1999 and 2004. He has spent many years in India, which he first visited in 1977, visiting nearly all important (several hundred) pilgrimage sites and trekking around 2,000 miles in the Himalayas. He first engaged with yoga in the mid-1970s and began regularly practicing Ashtanga Yoga in 1990. Since 2006 has been lecturing worldwide on yoga, philosophy, and psychedelics. He is one of the editors of the Journal of Yoga Studies and is one of the administrators of the SOAS Centre of Yoga Studies. His publications include The Daśanāmī-Saṃnyāsīs: The Integration of Ascetic Lineages into an Order (2006), which is a study of a sect of sādhus; an exploration of the use of psychedelic plant concoctions in ancient Asia and Greece, The Tawny One: Soma, Haoma, and Ayahuasca (2017); and a short book on yoga, The Origins and Practices of Yoga: A Weeny Introduction (revised edition) (2018).